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Cinq questions à Brigitte Meloche, autrice de La lune hurle à la louve

  • Actualités, Événement sur page d'accueil
  • 19 octobre 2026

1. La lune hurle à la louve paraît cet automne aux Éditions L’Interligne. Ce recueil de 88 pages explore la création de la vie dans son essence la plus pure. À quel lectorat pensez-vous que ce recueil s’adresse en premier lieu?

Je crois que ce recueil s’adresse d’abord aux femmes, aux mères, notamment les mères seules – celles qui se reconnaîtront dans les contradictions, les élans, les épuisements et les immenses vagues d’amour. Mais au-delà de la maternité, il s’adresse à toute personne qui a connu le vertige de prendre soin de quelqu’un, de porter une charge invisible ou de tenter de rester debout malgré les tempêtes. J’espère qu’il rejoindra aussi celles et ceux qui aiment une poésie incarnée, sans détour, profondément féminine dans ce qu’elle explore de la sensibilité, de la force et de l’expérience humaine.

 

2. Au fil des pages, le lecteur découvre des facettes de la maternité que plusieurs hésitent encore à raconter à haute voix. Quel message explicite ou implicite souhaitez-vous transmettre à votre lectorat?

J’aimerais rappeler que la maternité n’est pas une expérience unidimensionnelle. Elle peut être lumineuse et douloureuse, magnifique et épuisante, remplie d’amour et traversée par le doute. Les mères n’ont pas besoin d’être parfaites pour aimer profondément. Je voulais donner une voix aux zones moins racontées : la culpabilité, la solitude, la fatigue, mais aussi la puissance incroyable qui permet de continuer.

 

3. Il s’est écoulé plus de 20 ans depuis la parution de Latinitudes (2004), votre premier recueil de poésie. Êtes-vous d’accord l’affirmation suivante : il plus aisé d’écrire lorsqu’on a eu une longue carrière comme la vôtre?

Je dirais plutôt que le temps transforme notre rapport à l’écriture, mais qu’il ne la rend pas nécessairement plus facile. Pour moi, c’est toujours un travail exigeant, parfois lent et difficile. Certains poètes écrivent un recueil en quelques mois; ce n’est pas le cas pour moi. L’écriture de La lune hurle à la louve s’est déroulée sur près de trois ans, avec des périodes de doute, de recherche et de maturation. Une longue vie d’écriture apporte peut-être une meilleure écoute de sa voix, mais elle n’enlève ni les questionnements ni la nécessité de creuser profondément à l’intérieur de soi.

 

4. Quel est le vers qui a été le plus difficile à écrire dans La lune hurle à la louve?

Le vers le plus difficile n’est peut-être pas celui qui dévoile la douleur, mais celui qui accepte de regarder mes propres failles. Dans ce recueil, les passages où j’évoque les moments où mes fils ont souffert, mes sentiments de culpabilité ou certaines violences traversées ont demandé une grande honnêteté. Par exemple, écrire « me voir frapper un mur de plein fouet et éclater en mille miettes cramoisies le nouveau-né tatoué sur ma poitrine » a été un moment de grande vulnérabilité. Écrire ces blessures sans détour m’a demandé de renoncer à me protéger.

 

5. En tant que poétesse, pensez-vous que donner de la voix à la maternité comme vous le faites est-il un acte politique?

Oui, je le crois, même si ce n’était pas mon intention première en écrivant. Je pense que la poésie part souvent de ce qu’on vit profondément, et que ce qui est intime peut aussi rejoindre les autres. En parlant d’une maternité moins parfaite, avec ses doutes, ses fatigues, ses peurs et ses contradictions, j’espère donner une place à des réalités que plusieurs femmes connaissent, mais qu’elles gardent parfois pour elles. Je ne cherche pas à faire un discours : j’essaie simplement de mettre des mots sur une expérience humaine, avec toute sa complexité.

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