Livres

Incisions
Thomas Schwartz, un des plus grands neurochirurgiens du Canada, perd du jour au lendemain tous ses moyens, à la suite d'une paralysie nerveuse foudroyante. Fortement handicapé, torturé par une erreur médicale ayant causé la mort d'une patiente, le docteur, également chef de service hospitalier, s'oppose à des avancées techniques qui déshumanisent sa profession. Irrité par le tempérament colérique d'une épouse glaciale et alcoolique, par des collègues envieux et un robot acquis sans son accord, Thomas Schwartz devra user d'une volonté hors du commun pour composer avec les aléas de sa vie et venir à bout de tous les obstacles.
L'auteur d'Incisions a travaillé pendant plusieurs années dans le milieu chirurgical. Il a longtemps dirigé une fondation de recherche médicale spécialisée dans la chirurgie, et notamment dans la robotique chirurgicale. Il a enregistré plusieurs entretiens avec de nombreux chirurgiens afin de constituer une documentation utile à l'écriture de ce livre.
Éric de Belleval a décidé de présenter, au moyen d'une fiction romanesque, une vision et une description des systèmes de pouvoir, des problèmes de conscience et des contraintes techniques auxquels sont exposés les praticiens, et qui sont rarement rendus publics.

Magalie sur la piste du taxeur
Carole Dion, auteure du roman Magalie et les messages codés (2012, 88 pages), présente une autre aventure du même personnage : Magalie sur la piste du taxeur.
Dans ce second roman pour la jeunesse, sont de retour William, meilleur ami de l'héroïne, et son frère de bon conseil, Xavier, sauf que le sujet n'est pas de tout repos : le taxage à l'école. On est loin des messages codés de la première fois (davantage une blague), et Magalie passe bien près d'y perdre sa peau.
En effet, un adulte sans vergogne s'approprie le bien d'autrui en faisant pression sur un élève vulnérable. Magalie, jeune fille curieuse à l'affût de tout indice, continue de jouer les détectives, et elle passera par toute la gamme des émotions parce qu'elle enfreindra la règle la plus élémentaire.

L’enfant qui ne pleurait jamais, tome 2
Les Éditions L'Interligne sont fières de présenter le second tome du roman autobiographique L'enfant qui ne pleurait jamais. L'auteur Gilles Dubois narrait son enfance malheureuse dans le premier volume, paru en 2011. Cet ouvrage lui a valu le prix Christine-Dumitriu-van-Saanen 2012, remis au Salon du livre deToronto.
Le héros, Antoine Petibonjean, se retrouve à l'âge adulte. Désireux de quitter l'enfer familial, il part en stage au Canada, où il sera affecté à la sécurité du pavillon de la France sur l'Île Sainte-Hélène, dans le cadre de l'Expo 67.
Antoine, même éloigné de parents indignes, n'est pas au bout de ses peines. Entre diverses aventures qui lui procureront des moments fébriles dans divers métiers, il errera parmi les itinérants. Il mariera une charmante Israélienne, ce qui le mènera dans son pays au sein d'une famille qui l'exploite et d'un État qui veut l'enrôler dans ses forces armées.

La porcelaine de Chine
L'Interligne annonce la parution de La porcelaine de Chine, une pièce de théâtre en 15 scènes mettant en présence trois personnages aux prises avec les affres d'après-guerre dans un pays africain.
Bazey en a marre de se plier aux caprices de son diplomate de mari revanchard, Bissy, qui écume les boîtes de nuit de toute la ville pour faire la fête. Bazey endure une domestique maladroite qui casse presque toute sa porcelaine très chère payée au marché noir. Celle-ci n'est domestique que par défaut, en un moment précaire.
Bazey, journaliste forcée de fermer son journal «Femmes et Libertés» par un général véreux et violent, est attristée par la mauvaise foi, les beuveries et les infidélités de son mari. Aussi s'acharne-t-elle sur sa bonne, Maya. Puis, résolue à dénoncer le barbarisme militaire, elle part affronter le général Makaku Mankey. Bissy a des remords. Saura-t-il réparer les pots cassés ? Le couple subira-t-il la torture? Cette histoire se terminera-t-elle dans un bain de sang?

dégainer
Pour toute musique, un blues annonce le train qui s'en vient ; un homme marche sur les rails et dégaine au dernier moment son cri primordial. Il semble que les jeux soient faits, que l'accident soit inévitable. Cependant le face-à-face ne se fera pas entre le métal et la chair, mais entre l'adulte et l'enfant, dont un hurlement remonte du fond du gosier.
Dans ce 9e recueil de poésie de Michel Dallaire, les mots s'approchent tellement de la vérité qu'ils brûlent le lecteur, qui se retrouve inévitablement dans la trajectoire des mots dégainés tel un revolver. Lorsqu'on parcourt les pages, on se dirige à la rencontre d'un « vagabond » condamné à une parenthèse psychiatrique dans le style de Jack Nicholson dans le film Vol au-dessus d'un nid de coucou. Départie de sa camisole de force, sa mémoire remonte pour s'écrire dans un vieux cahier à l'épiderme de poésie.

Larouspiol suivi de Les enfants du ciel
Ces deux romans de Diya Lim publiés par L'Interligne feront les délices des jeunes de 9 à 12 ans.
Larouspiol
Après la mort de son grand-père adoré, une préadolescente se console en s'évadant souvent dans un monde utopique et imaginaire, qu'elle appelle Larouspiol. Cette planète fraîcheur, située à 60 années-lumière de la Terre, permet un voyage introspectif et s'avère une réponse positive de l'héroïne à ses petites peines quotidiennes et à ses plus grands chagrins.
Les enfants du ciel
Deux êtres tout à fait extraordinaires, aux destins liés par une prophétie divine, sont nés à une époque où la terre des hommes est ravagée par des guerres insensées : un garçon nommé Yang Tse et une fille nommée Siao Lin. Empreint de merveilleux et véhiculant des messages forts sur la confiance en soi et l'intuition, Les enfants du ciel ne laissera pas les jeunes adeptes de la magie et de l'aventure sur leur faim. Un conte à dévorer avec un appétit de dragon !

Viticulture des gouffres
Partant de la prémisse que tout est écriture en mouvement pour le poète Laurent Fadanni, s'il choisit le mot gouffres pour figurer dans le titre de son livre, synonyme de néant, de chute, de source originelle, il dit surtout vertige. Et nous en avons la preuve, puisque son dernier recueil de poésie publié aux Éditions L'Interligne, en 2009, s'intitulait justement Cartographie du vertige.
Pour notre auteur, tout est itinéraire, trajectoire, celle des étoiles, des racines ou des sens plus intimes. Réinventé, il se concentre pour interroger l'univers. Il s'étonne à l'instar de l'enfant qui bouscule les interdits, il marche en dessinant des cercles non pas pour piéger les constellations mais pour s'extraire du noyau et s'envoler. Pourtant, il sait d'instinct qu'il est faille, fragile, porteur d'une lumière qui sera cachée sous terre.
Viticulture des gouffres parle de l'impuissance de l'envol, de faire l'ange, bien que déraciné de cette planète matricielle que l'on dévore et épuise ; Fadanni est d'un autre élément que l'air et la terre, il est feu en fuite. Et un feu sacré par-dessus le marché. Bacchus et Prométhée tout à la fois.

Sortilèges de l’oeil
José Claer, qui a également publié des nouvelles et un texte en prose dans des collectifs d'auteurs, nous livre cette fois 18 insolites nouvelles relativement courtes, qui parfois semblent se suivre, et le plus souvent nous étonnent par la richesse du vocabulaire. L'œil de l'auteur se pose, scrute, dévisage des personnages qui n'attendaient que ses mots pour exister. Le lecteur devient témoin de ces sortilèges dont le mot-piège par excellence est « rouge », qu'il s'agisse de la tuque du père Noël, des premières menstruations ou de la froidure sur la peau nue d'un enfant ayant besogné toute la nuit. José Claer laisse des empreintes dans la neige qui se remplissent rapidement de sang, dénonçant un imaginaire de conteur à l'écriture dense, foisonnante de moments magiques. Toujours, il nous surprend et nous déstabilise par ses pirouettes lexicales parfois très amusantes. Et la subtilité y abonde. Pour lire ces nouvelles, ouvrez l'œil et le bon... mais gare aux sortilèges !
Mention spéciale - Prix littéraire Le Droit 2014
Finaliste - Prix coup de coeur Ville de Gatineau 2014

Galdrik sur Oriflammes
Qui est Galdrik ? Un enfant abandonné sur le seuil de la maison des Dumoulin, rue Dumoulin à Dumoulinville, il y a quatorze ans. Et son enfance a été douloureuse, toujours à servir ses parents adoptifs et leurs jumelles, sans récompense ni appréciation. Mais au matin de son 15e anniversaire, ses parents naturels reviennent le chercher et Galdrik hérite d'une planète... à condition de sauver sa nation. Aidé par son meilleur ami Nathan et ses parents, il traverse des épreuves pour sauver les Oris, son peuple, de la soif de conquête des Flammeurs, qui sèment la désolation et détruisent toute la nature sur leur passage. Galdrik doit trouver l'amulette sacrée brisée en trois morceaux et cachée par les sages... mais les obstacles sont de taille et les ennemis ont un cachet reptilien. Il sera même question d'un dragon. Galdrik a-t-il la véritable étoffe d'un roi? Réussira-t-il à sauver sa planète et son peuple?

Le fol aujourd’hui
L'Interligne annonce la parution du second recueil de poésie de Michèle Matteau, Le fol aujourd'hui. Ce recueil nous projette sur l'écran géant du présent planétaire. Les gestes humains et leurs rapports chaotiques avec la nature s'animent sous la lumière crue des mots. L'auteure inscrit sa démarche sur la table du temps. Celui des jeux, celui de la peur, celui qui ouvre sur la galerie à sens unique de l'éphémère... Le regard poétique lacère les mirages ouatés où se vautre l'insouciance. Une langue aiguisée pourfend ce qui étourdit, enivre, noie dans l'aveuglement ou confine à la quête étriquée du JE.
L'espoir peut-il encore renaître dans ce maelstrom où s'engouffre l'humain ? Cette folie sera-t-elle féconde ou se révélera-t-elle un plongeon suicidaire entre les griffes du néant ? Avec un humour grinçant, des images mouvantes et émouvantes, Michèle Matteau nous invite à nous extraire d'un présent en folie pour scruter notre reflet brouillé de l'autre côté du miroir.
Finaliste - Prix de poésie Trillium 2014

Le saboteur d’avenir
Jonathan Goyette peint avec ses mots les petites gens de la rue aux prises avec un quotidien qui tourne en rond et les confine à une vie monotone. Mais soudain, le chauffeur d'autobus à Mexico, le professeur de lycée expatrié en Afrique et le musicien itinérant de Vancouver deviennent des héros à leur façon. Lorsque la plume possède un pouvoir magique, tout devient possible au royaume de la banalité ; on peut repartir à zéro comme Jean Debout à la merci de sa destinée, ou renoncer à une gloire qui nous prend dans son étau, comme le conjoint d'Isabelle artiste multidisciplinaire. Le style direct et incisif de Jonathan Goyette donne naissance à des personnages en noir et blanc qui deviennent des arcs-en-ciel sous l'effet d'une chiquenaude du destin, qu'elle adopte la forme d'une coccinelle inopportune ou d'un colocataire imposé. Les vies des personnages de ce spicilège (fable, oeuvre épistolaire, contes et nouvelles) deviennent des leçons de sagesse lorsqu'on sait qu'ils pratiquent tous l'étrange métier qui prête son titre à cette oeuvre.

Un petit roman incertain
Un personnage « peuplé » et défini par le discours des autres, la salle des pas perdus d’un aéroport comme lieu principal, l’écriture d’un roman incertain par un écrivain inexistant comme unité d’action: voilà les particularités que met en scène, pour notre plus grand plaisir, l’auteur Gilles Lacombe. Un petit roman incertain est ponctué d’une myriade d’«il a entendu dire», qui servent de repères au lecteur pour apprendre à mieux cerner l’identité incertaine du protagoniste qui, comme un voyageur impénitent, ne cesse de se questionner avec humour et intelligence pointue sur ceux qui l’entourent, pilotes et canaris, anges, chiens et douaniers, et sur les rapports, bizarrement romanesques, de l’écriture et de la vie. Grâce à une poésie qui décape le quotidien, qui bouleverse et amuse tout à la fois, Gilles Lacombe apporte sa pierre d’achoppement à la mécanique de l’écriture, à son pourquoi, à son but, à ses ramifications qui prennent racines dans le foisonnement du langage. Le mot « mécanique » est utilisé ici à bon escient, car il figure des rouages comme ceux d’une horloge, qui grincent et prennent de l’avance sur le discours social, car le poète est bien souvent décollé des certitudes communes. Et ce petit roman incertain est un véhicule puissant, apte à transporter les mystères, montant à l’assaut de la séparation des genres et des discours convenus, fussent-ils le postmodernisme ou la déconstruction. Cette oeuvre est piège aussi, car qui la lit n’en sort pas indemne, portant désormais le sceau d’une naissance au sein du poétique. Tout incertain et romanesque soit-il.
Finaliste - Prix littéraire Émilie-Ollivier 2013

Comment on dit ça, «t’es mort», en anglais ?
Nous ayant habitués à un théâtre fort, Claude Guilmain fait ici oeuvre de poésie, accouchant de ses personnages avec des forceps. Bien qu’ils fassent silence sur leur mal-être, ils hurlent d’urgence, revendiquent une rencontre, une réconciliation in extremis. Ils se font violence, et on se demande s’ils parviendront un jour à se traverser eux-mêmes, atteindre le mot, le je t’aime salvateur ? Connectés à leur pulsion de mort, ces trois hommes de la même famille implosent en rappels éclairs devant nous. La mère est partie. Les années passent souvent à reculons, sinon à rebrousse-poil, écorchant les protagonistes qui pataugent dans le marécage du quotidien, livrés à leur incapacité communicationnelle. Un homme, ça ne pleure pas. Un homme, ça ne dit pas « je t’aime ». Assis à une table au milieu d’un terrain brûlé à vif par les années de combat, les deux hommes n’échangent aucun coup de feu. / Juste des banalités. / De leurs armures impénétrables, ni l’un ni l’autre ne peut céder (page 19). Et il y a ce désordre des sentiments avortés qu’ils ont en commun, qui leur ressemble, qui est leur filiation. Silence inéluctable dans lequel ils se cachent, qui les repousse ; chacun dans son amour-haine, dans sa solitude castratrice.
Lauréat - Prix littéraire Émile-Ollivier 2013
Finaliste - Prix Trillium 2013

Filleul, tome 2
Résilience, courage, amitié. Ces trois mots forment la trame du nouveau roman d’Hélène Koscielniak, Filleul, la suite de Marraine publié en 2009. L’auteure dessine les multiples facettes de ses personnages avec sensibilité et intelligence: ils nous touchent, nous déstabilisent et nous émerveillent. Le Filleul, c’est Jo’no, un adolescent dont la vie s’est jusqu’ici partagée entre Haïti et la République Dominicaine et qui, depuis son jeune âge, connaît la lourdeur des responsabilités, les déchirements et les deuils familiaux, la misère, mais aussi la puissance de l’entraide. Pour le tirer de la délinquance vers laquelle il glisse, sa mère fait appel à Normande, une amie canadienne, qui l’accueille à Kapuskasing dans le nord de l’Ontario. C’est par les yeux de Jo’no que nous, lecteurs, redécouvrons la splendeur de l’hiver, le confort de notre quotidien, l’accès facile à l’école ou aux soins médicaux. Mais le regard de Jo’no nous renvoie aussi aux aspects plus sombres de ce pays du Nord. À l’école, Jo’no suscite d’abord une curiosité bienveillante, mais quand il ose se lier d’amitié avec Billy, un jeune autochtone, il s’aperçoit que l’injustice et le racisme existent aussi ici. Quand il vit la réalité des Réserves, il comprend que la misère voisine également la richesse au Canada. Alors que la terre tremble à Port-au-Prince, que sa mère tente de survivre au désastre avec ses autres enfants et que le père Mark met sa propre vie en danger pour libérer les travailleurs de leurs exploiteurs, Jo’no, de son côté, prend conscience que le rejet et les préjugés peuvent parfois entraîner la mort. Que fera-t-il de l’expérience et des connaissances acquises depuis son enfance? Une vocation humanitaire est-elle en train de naître en lui, à l’exemple de celle du père Mark? Restera-t-il solidaire des siens ou les oubliera-t-il peu à peu au milieu du confort que lui offre la généreuse Normande? Peut-on s’échapper du cycle du malheur? Et comment?
Finaliste - Prix des lecteurs Radio-Canada 2013
Lauréat - Prix littérature éclairée du Nord 2013

À la découverte de l’Ontario français
Voici une première dans le paysage littéraire de l’Ontario: un texte documentaire sur les visages et images de l’Ontario français, conçu spécifiquement pour les jeunes Franco-Ontariens. Que veut dire le mot Ontario? Quels sont les trésors de la tourbière d’Alfred? Pourquoi traite-t-on les francophones de frogs? Quels bébés franco-ontariens sont devenus célèbres dans le monde entier? Quel lien y a-t-il entre les épingles à chapeau et les écoles de langue française ? À la découverte de l’Ontario français répond à toutes ces questions et à plusieurs autres encore. Par le biais de poèmes, de contes, de charades, de chansons, de descriptions, d’entrevues et d’articles, cet abécédaire présente les héros, la culture, l’histoire et la géographie de l’Ontario français. Des photos d’époque, des illustrations et de rigolotes bandes dessinées complètent le livre. Ludique dans son approche et rigoureux dans le contenu, ce documentaire est conçu pour instruire, faire rire et faire réfléchir. En cette période où l’on parle beaucoup de construction identitaire, voilà le livre idéal pour renforcer le sentiment de fierté des jeunes Franco-Ontariens et pour affermir leur désir de préserver le français. Conçu pour les jeunes de 8 à 12, À la découverte de l’Ontario français plaira aux personnes de 7 à 77 ans.
Mention spéciale - Prix littéraire Le Droit 2013
Prix d'honneur - Prix Tamarac 2013
Finaliste - Prix coup de coeur littéraire Ville de Gatineau

Les aventures du pirate Labille, tome 1
Avez-vous le pied marin ? Vous sentez-vous l’âme d’un moussaillon ? J’espère que l’idée même de brasser un verre d’eau ne vous donne pas le mal de mer. Non ? Alors, vous serez du voyage littéraire de Mélissa Jacques qui signe avec Les aventures du pirate Labille une histoire qui fait du bien aux enfants. Ce roman, qui s’adresse aux 6 à 9 ans, met en scène un pirate en herbe, Billy dit Labille, qui rivalise d’audace, d’initiative et d’enthousiasme pour rendre le plus réel possible son rêve : celui de devenir pirate. Il lui faut un costume, un perroquet, par chance la garde-robe de ses parents est grande ouverte, mais la perruche de sa mère s’envole et il ne reste que la chatte Ciboulette, véritable chien de poche, qu’il entraine à bord de son aventure. Ses amis sont de la partie, fier équipage de durs à cuire avec qui il part à la recherche du fameux trésor. Un trésor de bonbons, il va sans dire. Arrivera-t-il à bon port ? Que lui réservent les vents contraires de la navigation dans un carré de sable et ses ennemis jaloux ? Le pirate Labille n’a pas dit son dernier mot, même la bouche pleine de friandises.

Magalie et les messages codés
Le subterfuge des codes cogité par Carole Dion donne à ce roman les ressorts d’un bon suspense. L’auteure a su trouver les mots propres à l’alimenter, dans l’histoire de Magalie, aux prises avec l’inconnu. Un premier message codé apparaît dans son sac à dos. Il n’en faut pas plus pour que l’adolescente aux tresses s’inquiète. On en ferait autant, si par hasard on trouvait des papiers aux écritures énigmatiques dans nos affaires personnelles. Qui les a mis là ? Que disent-ils ? Quel est leur but ? Magalie, aidée de son meilleur ami William, réussit tant bien que mal à décoder les phrases inintelligibles, mais toujours une autre se présente, plus complexe, plus insolite encore. Les soupçons pèsent sur Audrey à qui elle ne parle plus et sur un inconnu aux allures patibulaires, qui se cache sous une tuque et un foulard, alors que ce n’est pas la saison des grands froids. La première rit dans son dos à la cafétéria, l’autre la suit partout dans la ville. Ne pouvant se confier à aucune grande personne, par orgueil ou par courage, Magalie est perpétuellement préoccupée. Elle s’ennuie de sa chatte Mistigris, disparue dernièrement, et de son demi-frère qui avait l’habitude de la conduire partout avec l’auto de leur père. Les jours passent, apportant leur lot de mots et de chiffres à décrypter et d’inquiétudes, qui bouleversent le quotidien de notre héroïne… mais voilà qu’un rendez-vous avec le mystère est donné dans la cour de la polyvalente, un samedi aprèsmidi. S’y rendra-t-elle ? Est-ce dangereux ? Croisons-nous les doigts pour qu’il ne lui arrive rien de mal et accompagnons-la en bons lecteurs, témoins de ses aventures rocambolesques.

À l’abattoir des anges
Vous avez entendu ? La rumeur court que l’on aurait trouvé un autre cadavre de vierge. Dans un décor de bande dessinée apocalyptique, le Kilomètre 121, les Enfants-Taupes depuis qu’ils sont remontés des centièmes sous-sols montent la garde sur la frontière. Ils mènent à coups de décibels et de trocs la guerre civile contre les Orages-Hyperboréens qui semblent invincibles. La nuit venue, les guerriers s’entassent à l’Abattoir des Anges, un bar étrange où règne leur diva qui chante du rock-opératique, Mina-Louve, et où un tueur en série transsexuel piège ses futures victimes. Lange-Rouge agit par passion des mots, pour le plaisir jouissif de désobéir à la réalité. Seul un poème-fleuve pouvait rendre la richesse de ces rencontres épidermiques entre Éros et Thanatos, le conscient et l’inconscient. Et l’auteur José Claer nous guide avec une maestria de rebelle dans son imaginaire nourri du Starmania de Plamondon. Né sous une double étoile de chance, José Claer écrit comme d’autres crient au loup pour le seul plaisir de désobéir à la réalité. Animé d’une curiosité boulimique et doué d’un sens de l’humour à toute épreuve, il règne en spéléologue de l’âme sur ses personnages qui souvent n’en font qu’à leur tête et traversent tous les miroirs de Cocteau pour lui tirer la langue. L’Interligne publiait son premier recueil de poésie Squatteur d’imaginaire en 2010.
Finaliste - Prix coup de coeur littéraire Ville de Gatineau 2012

Dérapages
Il y a des gens qui vivent leur existence en catimini, sans épreuves ni joies excessives. Vous les avez peut-être croisés, mais ils n’ont laissé aucun souvenir dans votre esprit, causé aucun impact ; ce sont les personnages du dernier recueil de nouvelles de Paul Savoie jusqu’à ce que les Bing ! Wow ! Outch ! arrivent. Ils étaient du nombre des invisibles, souhaitaient avant tout ne pas déranger, ne pas faire de vagues, ne suscitant qu’indifférence et voilà la peau de banane littéraire que l’auteur glisse sous leur pas. Soudain, l’étrange, le formidable, le déroutant les prend à bras-le-corps et il y a dérapage. Un dérapage à 200 kilomètres à l’heure dans un bolide de vers et de mots. À un moment précis comme le décompte d’une bombe, le texte s’accélère comme un électrocardiogramme fou. Peur et sueur envahissent l’histoire, les protagonistes ne peuvent plus se raccrocher à rien de réel, ils perdent pied devant ce déclic : implosion ou explosion ? Et nous, lecteurs, demeurons bouche bée devant l’efficacité stratégiquement « déboussolante » de Savoie. Tous, autant qu’ils sont, craquent et atteignent leur point de déséquilibre, nous entraînant à leur suite dans une lecture qui nous donne la chair de poule.
Lauréat - Prix Champlain 2012

Yennenga
Leitmotive sont les mots d’Angèle Bassolé-Ouédraogo qui vous charpentent un pays, un continent. Le Ghana, le Burkina Faso. L’Afrique. Une Afrique qui rime avec prière. On met ses mots en bouche et on obtient un goût de sable sur la langue ; il faut se dresser et haranguer la terre, ne plus faire qu’un avec les éléments, malgré la déchirure intrinsèque qui nous condamne à la mort. Or la nature est omnisciente, essentielle et perpétuelle comme l’est Dieu invoqué tout au long du poème Yennenga, qui clôt la trilogie commencée avec Sahéliennes en 2006 et poursuivie avec Les Porteuses d’Afrique en 2007 aux Éditions L’Interligne. Dans cette nouvelle œuvre, on retrouve la même intensité fiévreuse et inquiète liée à Yennenga, la fille unique et guerrière du roi Nédéga, et aux tambourinaires qui se relaient sur la côte et à l’intérieur des terres luxuriantes pour prévenir l’imminente présence des négriers. Ces mots parlent haut et fort de sacrifice et de dévotion, de sorte que les histoires minuscules de tous les jours deviennent l’Histoire majuscule du dictionnaire. Angèle Bassolé-Ouédraogo nous convie par sa poétique contagieuse à un voyage dans les sens, coincé entre le derme et l’épiderme de la femme, à une leçon de culture africaine portant sur les nombreux peuples de cette région sahélienne aux prises avec leurs réalités, leurs vérités. Il est question du Temps des ancêtres que l’on respecte et du Temps de la paix que l’on prie d’arriver.

Avant que ne tombe la nuit
Un soir où vous n’aurez pas envie de devenir un dormeur parmi tant d’autres, ouvrez le dernier roman de Michèle Matteau. Plongez dans Avant que ne tombe la nuit, suite de Du Chaos pour une étoile, et retrouvez parmi les personnages sortis de l’imaginaire de cette auteure prolifique, un Léandre angoissé happé par l’autre versant de sa vieillesse. Mais qui est Léandre ? Un enseignant à la retraite qui, mû par une curiosité insatiable et une générosité débordante, veille sur le village franco-ontarien de Villery. Au fil des pages, on se prend de sympathie pour cet homme de 73 ans qui cherche à comprendre les faits et gestes de ses semblables. Il veille sur son amoureuse devenue un peu lointaine, Florence Santerre, animatrice à Radio-Canada, sur le vieux docteur Ladislas Vermes qui entretient un cimetière sous la forme de pots de violettes africaines, sur l’infirmière Séraphine Akimana et son fils adolescent dont l’arrivée à Villery force à l’ouverture certains esprits étroits. Léandre est le pivot de cette histoire résolument moderne où un village isolé se voit rejoint par les problèmes de la planète. Léandre écrit son journal, s’occupe de son jardin, mais il est avant tout curieux des autres. Il les observe avec lucidité et les respecte avec tendresse peu importe leur génération, leur race, leur style de vie. Il est le maître de l’agora, et l’on prend un grand plaisir à le suivre, un mot après l’autre, lui qui fonce, en les redoutant, vers des lendemains qui déchantent.
Finaliste - Prix Trillium 2013

Rêver au réel
Comme un cri de crime primal, Daniel Groleau Landry écrit : « il n’y a pas d’issue à l’usure de l’amour » et toute l’architecture de son recueil s’appuie sur cette pierre d’achoppement, fondation et clef de voûte. Le corps est labyrinthe, constellation de maux et de déchirures intenses ; les noeuds des cicatrices cèdent et on assiste au flux et au reflux des sensations, des émotions pendant lesquels les amants s’entredéchirent et s’entredévorent, prométhéens. Rêver au réel est un recueil de poésie qui propose quatre phases d’éveil: Le pays des regrets, Craquelé de morsures, La licorne rose et La maison de mon corps où il est question de proximité épidermique, de la solitude qui résulte des effervescences éphémères et des foetus qui continuent à grandir en rond dans les constellations, dans un style en rimes et allitérations pour préciser la pensée gigogne du poète. Celui-ci jongle avec les sonorités qui entraînent des images qui se font les griffes sur notre inconscient, poussant la magie vers la vérité. Il réussit le rapprochement des mots de chair et de lumière, la beauté et la folie cohabitent sur la ligne de démarcation des rêves et des réalités, des songes et des mensonges.
Lauréat - Prix de poésie Trillium 2014
Finaliste - Prix du livre du président de l'Assemblée législative de l'Ontario 2014

Māyā partir ou Amputer
Ce fils spirituel de Woody Allen et de Socrate mêle à la trame de sa poésie des fils de barbelé palestiniens, des fils électriques de condamnés à mort, des cordons ombilicaux de jumeaux siamois et nous éclabousse d’humour au second degré, comme une brûlure, une démangeaison vénérienne. Et on ne peut être que curieux de son univers irrévérencieux où il cite aussi bien Delphine Seyrig que Serge Gainsbourg, des idoles cinématographiques qu’il baptise de son sperme tout en sacrant pape le père Noël. Est-ce un jeu avec lequel on a maille à partir ou du mal à entrer si on ne connaît pas d’emblée le code du double sens, du triple six satanique ? Non ! Gilles Latour est un poète du clin d’œil qui dégaine des mots à blanc pour faire rire sa cible. Sa plume est un revolver de magicien d’où sort en guise de feu un petit drapeau sur lequel il est écrit Big Bang. Sans contredit, il est doté d’autant de connaissances que d’imagination et en fait un bon usage ; à vous de devenir les complices de sa folie douce, et qu’importe la camisole de force du sacrilège puisque nous côtoierons au passage le Marquis de Sade et Marilyn Monroe dans ce voyage sur la pointe des mots.

La traversée des mondes
Une rencontre... Il ne faut guère plus que deux personnes qui frottent ensemble leur vie comme des bâtons pour que le feu prenne et que l’imaginaire démarre sur les chapeaux de roues. Mais cette rencontre a lieu à deux époques différentes : la Nouvelle-France au tournant du 17e siècle et Montréal en l’an 2000. L’un s’appelle Mateus da Costa, il est originaire du Congo et sera considéré comme le premier Noir à mettre le pied en Amérique du Nord. L’autre, Mario Estéban, est un exilé politique chilien qui a choisi le Québec pour refaire sa vie. Au départ, ils n’ont rien en commun, l’un existe sur disquette, l’autre se cherche un emploi.
Et c’est ici, comme un Deus ex machina qu’apparaît Matt Lacoste, un grand Africain, propriétaire de l’agence de voyages Les Yeux du passé, dont la carte de visite est ornée d’un bateau portant deux yeux à sa proue. Deux ? C’est le chiffre d’or de ce roman, les femmes qui tombent enceintes le sont toujours de jumeaux, les chapitres alternent les voix des deux héros, tantôt c’est Mateus qui parle, tantôt c’est Mario. À vous de découvrir les autres doubles coïncidences, terme peut-être trop simple, pour qualifier ce qui s’approche de la destinée, de la grâce des voyageurs qui empruntent les chemins verticaux et les courbes de l’espace.
Carlos Taveira a le don de farfouiller l’histoire de l’humanité et de meubler les trous de la mémoire collective avec des détails amusants, percutants qui apportent une richesse d’émotions et une qualité d’âme à ses personnages plus grands que nature. On part en explorateur du temps comme de l’espace avec lui. Il nous sacre voyageurs des mondes visible et invisible, et ce mot sans frontières résonne pour l’éternité.

Le petit canard qui nage
D‘emblée, tout le monde est partant avec le sourire pour une journée de camping. Gabriel, Eva et Angelic, accompagnés de leur maman, ne dérogent pas à cette tradition. Pourtant, ils la taraudent sans cesse de questions puisqu’elle a eu le bonheur ou le malheur de leur dire que le terrain où ils monteront leur tente est situé tout près d’un zoo. Et qui dit « zoo » dit animaux étranges, fascinants, rares comme l’hippopotame, le serpent et la girafe. Les enfants feront-ils des rencontres surprenantes dans cette forêt, sur ce lac ? Est-ce que le merveilleux fera irruption inopinément au cours de cette journée de détente ? Les enfants croient facilement et s’amusent des vérités que met en mots l’auteure de ce conte, mais les grandes personnes rechignent et sont déstabilisées… à vous de savoir de quel côté de la réalité se situe votre degré d’ouverture à l’émerveillement et dans quel camp vous voulez basculer.

L’enfant qui ne pleurait jamais, tome 1
Comment un papillon qui vole dans la tête, un chien nommé Dick et le rêve de l’Amérique peuvent-ils servir de baume à une enfance couverte d’ecchymoses, trouée comme une passoire par où la violence passe et laisse des traces de sang ? On ne sait pas. Pourquoi ? Non, plus. Mais pour qui ? Il s’appelle Antoine Petibonjean et tout le monde l’appelle Billy-Boy. Il a six ans au début du roman autobiographique de Gilles Dubois, c’est un héros du dernier rang, celui sur lequel on se défoule, celui qui reçoit les coups sans broncher, celui qu’on aime mal ; c’est que nous sommes dans les années cinquante, en France, et corriger son enfant est accepté, voire normal. Souffre-douleur, bouc émissaire, Antoine grandit tout croche dans son corps et dans sa tête, à cause des mots et des maux qu’on lui impose ; les grandes personnes de son entourage ne lui apprennent pas la tendresse, le respect de soi, la confiance, ils veulent en faire une image qui ne les dérange pas. Alors ils le ridiculisent, l’abaissent, le battent à coups de fouet, tous les jours, pour la moindre virgule, pour la moindre spontanéité.
Les années passent, la routine des coups perdure. Quel genre d’adulte deviendra-t-il ? Un héros de la résilience, celui sur qui le mauvais sort s’acharne, mais veillent sur lui ce papillon aux ailes taillées dans l’imaginaire, le souvenir d’un chien qui l’a aimé et l’Amérique comme une promesse de délivrance. Le parcours est accidenté, les ennemis nombreux, cependant est-ce que son rêve tiendra bon et le récompensera avec justice et liberté ?
Lauréat - Prix Christine-Dumitriu-van-Saanen 2012

Miroirs et mirages
Il y a des romans dont la fibre même, ou l’écriture, est une clé magique qui ouvre comme un sésame sur un monde de mystères qui font peur et que l’on n’ose pas approcher parce que les vérités qu’ils recèlent sont invisibles à cause de nos préjugés de Nord-Américains. Je parle ici du roman de Monia Mazigh qui met en scène des femmes immigrantes venues d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie avec leur culture, leurs espoirs, leurs différences et surtout leur religion musulmane.
Ce sont des mères gardiennes des us et coutumes, maîtresses des secrets de l’Orient qui souhaitent pour leurs filles une émancipation dans le respect des valeurs de l’islam, mais en faisant aussi leurs, la modernité de l’Occident et toutes ses opportunités de bonheur. Ce sont des filles qui étudient à l’Université, spontanées, ouvertes d’esprit, qui se questionnent sur la façon de vivre leur foi dans cet Ottawa des tentations.
De prime abord, les relations sont tendues entre les générations, la sacrifiée qui vit par procuration et la dépositaire d’un héritage fait de croyances et de découvertes qui remet tout en question. Il est difficile pour ces femmes de s’adapter, mais elles trouvent des complices et des amies. Leur vie leur semble alors moins cloisonnée et la lumière naît de ces échanges. Leurs destinées s’entrecroisent multipliant à l’infini les facettes de l’immigrante musulmane. Elle n’est plus seulement un voile, un niqab ou un accent qui chante, mais elle devient, sous la plume d’expérience de Monia Mazigh, un être humain doué de sensibilité et de majesté.

Si tu t’inclines au pied de la fontaine
Le recueil de poésie de Michel Muir s’ouvre comme une saison à sa source, il sent bon le lilas en fleur et ses pages sont autant de mains que l’on serre et qui nous disent bonjour, bienvenue dans notre univers d’enfance. Nous sommes des mains de poète qui ont touché l’arc-en-ciel, effeuillé la gourmandise, apprivoisé les filles au souffle bleu, et maintenant nous écrivons des poèmes que vous, lecteurs, mettez en bouche, pour qu’ils chantent le printemps et les promesses de la vie. Tout est rêve et murmure chez Michel Muir ; même son nom est un baiser volé aux sapins de Noël ou aux coquillages qu’un enfant a laissé traîner sur les bancs d’une vieille barque abandonnée. S’il répondait au questionnaire de Proust, il se voudrait une toile de Gilles des Marchais ou les violons de Vivaldi ; avec lui, le temps s’arrête dans une clairière et on entend le ruisseau rigoler, on s’incline et la beauté nous enveloppe amoureusement. En fait, on se sent tellement bien dans ses poèmes-cocons, ses poèmes-doudous, qu’on oublie vite les quatre murs de sa réalité et qu’on se surprend à rêver que le plafond est un cerf-volant, le plancher un désir d’éternité et nous… une oscillation d’amour.

Renchérir
Tout au long du recueil Renchérir qui paraît aux Éditions L’Interligne, Gilles Lacombe se donne comme mission de jouer sur deux tableaux… N’est-il pas aussi peintre à ses heures ? Ainsi un écrivain, apparemment omniscient, transcrit ce qu’un il, qui préfigure un personnage énigmatique et décédé, peut-être son double, le résultat d’une ancienne mue d’artiste laissée derrière dans l’inachevé, n’a pas osé écrire ou vivre — ces deux verbes allant de pair lorsqu’il s’agit de faire vœux d’auteur. Avec sa plume incisive et satirique, mais non dénuée d’humour, qu’il plante dans le papier à la manière d’un vampire dans le cou d’une jeune vierge, Lacombe le détective fait passer son personnage aux aveux. On se rend vite compte que ce il n’a pas osé, qu’il est resté muet devant Dostoïevski et Tzintzuntzan comme devant cette femme nue qui le hante, ambiguë et multiple. Porterait-elle une autre elle en sa psyché ? L’écrivain inconnu vient donc donner suite, substance et jouissance aux désirs d’écriture inassouvis du il. En apparence aléatoires, mais ce n’est sans doute qu’un piège, les poèmes de Lacombe respectent l’ordre d’enchevêtrement des thèmes et des motifs. En fait, l’écriture est la véritable héroïne de ce recueil, mais le texte en exagère des aspects dans le but de se libérer de son envoûtement. L’écriture est comme une amoureuse que l’on aurait voulu séduire en lui écrivant, mais le il demeure à distance, comme un voyeur, et le je prend un malin plaisir à jouer les intermédiaires ; ce qui fait de cette mise en scène de l’écriture une œuvre résolument moderne et déstabilisante. Dans la lignée des Figures résiduelles (2010) où était lancée la question « Les pouvoirs de l’écriture sont-ils chimériques ? », Renchérir ne fournit pas de réponse mais une nouvelle piste, une nouvelle exploration ; à nous lecteurs de la suivre, avec ou sans GPS.

Ma maman était usagée
On ne lit pas le recueil de nouvelles de Cristina Montescu, Ma maman était usagée sur le pilote automatique, pour utiliser la métaphore de la voiture. Il faut une certaine dose d’abandon à la folie de l’autre ou un certain talent pour l’émotion pure et brutale, la corrosive, la déstabilisante, celle qui érafle et laisse à bout de souffle le personnage principal et le lecteur. Le titre pourrait être Ma maman est usée, fatiguée de porter son ventre plein de plaisirs sans issue, de tristesses sans solution. Elle se sent incomprise de l’homme qu’elle aime, tourmentée par des démons intérieurs et se retrouve sur la ligne de démarcation entre le cauchemar à répétition et l’instinct de survie qui quémande un porteur d’espoir, une fuite vers une autre vérité. Dans ces textes merveilleusement écrits sous la dictée d’un dérèglement obsessionnel, il y a un malaise sous-jacent qui gruge et ronge le « je » de l’auteure, il en fait une femme battue, un homme abandonné, des proies ou des dominateurs inquiétants ; le point de vue n’est jamais innocent. Pendant la montée dramatique, l’ascension vers le déclic, on s’attarde à un détail qui ne saurait mentir, on comprend alors intuitivement que cela va mal tourner… et ça nous plaît.

Moments troubles
Il y a des livres qui savent mieux que d’autres enflammer l’imagination du lecteur ; Moments troubles est de ceux-là, de la catégorie des enchantements qui perturbent tellement le malin plaisir qu’ils véhiculent. Il glisse comme un serpent sur la peau, s’insinue dans les veines comme une rumeur de plaisir coupable. Mais d’autre part, il faut donner une seconde, voire une dernière chance au personnage qui court après l’espoir. Il est comme une lanterne sourde de marin qui veille ; il y a bien des vents en colère qui giflent tout le paysage, toujours il demeure majuscule dans sa métamorphose, quelque part entre cauchemar et magnificence.
À l’épicentre des 21 nouvelles qui composent le recueil de Michel T. Héroux, il y a un moment d’éternité, un nœud qui sert la gorge et le ventre, un déclic qui se fait au niveau des sens et les protagonistes deviennent soit de la pure lumière soit de pures ténèbres. C’est un moment en eau trouble qui chavire le lecteur, le bouscule, alimente ses fantasmes, le déstabilise, le dessoude de sa réalité pour le projeter dans un univers violent et fragile : souvent le mal d’amour. Ses personnages : parfois un homme aux tempes grises, une jeune femme marginale qui se débattent à coups de rencontres épidermiques. Le charnel entre eux est à couper au couteau, ils sont à bout de souffle et nous, voyeurs impénitents, nous assistons à leurs beaux déchirements et à leur manque de lendemains qui chantent.

D’angles et de pointes
À coups de bec et d’ongles, Martin Achard déchire la membrane du songe et de l’invisible et fait éclore des poèmes qui sont comme autant de fulgurances subversives. D’un côté, il intellectualise les désirs comme un exégète froid et de l’autre, avec la même aisance, il joue avec les sens comme un passionné sans inhibitions. Cette dichotomie du je trouve chez Achard un exutoire dans l’exaltation, voire l’illumination rimbaldienne, et l’ironie de la génération X.
D’angles et de pointes nous offre la beauté en nourriture, à la fois éphémère et insolente ; et que nous goûtions du bout des lèvres cette leçon de voltige philosophique ou que nous dévorions tel un ogre ces fantasmes qui dérangent la vérité, en tant que lecteurs, nous ne pouvons qu’apprécier le charnel qui dégouline de cette substantifique moelle.

Contrepoids
Que faire lorsqu'une compagnie aérienne bat de l'aile ? Comment s'y prendre en cette époque de crise économique pour mousser ses ventes ? La meilleure idée de campagne promotionnelle, c'est Tony Miller qui semble l'avoir trouvée en réussissant l'équation suivante afin de publiciser SurfAir pour qui il travaille. C'est-à-dire : il y a en Amérique du Nord une pandémie d'obésité et en Afrique des famines.
Les gens meurent de trop ou de ne pas assez manger. Jouant sur la carte de la fibre humanitaire, Tony combine les télé-réalités américaines The Biggest Looser qui porte sur la perte de poids et The Amazing Race qui traite de l'expérience des voyages et du contact avec les sociétés locales. SurfAir offrira donc des voyages d'amaigrissement au Bénin. Les candidats retenus travailleront bénévolement pour Mission Maisons, un organisme de coopération internationale qui construit des logements pour des gens démunis. Dépenses caloriques, alimentation plus saine et don de soi seront à l'honneur ; de là l'image du marteau et de la fourchette.
Huit participants sont choisis et Tony les accompagne dans cette aventure qui ne sera pas de tout repos, car la réalité pèse de tout son poids sur nos voyageurs. Les rencontres délivrent et enivrent, perturbent et apeurent. Au fil des péripéties inscrites dans leur journal de bord, ces personnages, que l'auteure, Hélène Koscielniak, réussit si bien à nous faire aimer parce qu'ils sont truculents et vulnérables, sensibles et généreux (certains jusqu'à la naïveté), partent à la découverte de l'autre, mais surtout de soi.
Lauréat - Prix littérature éclairée du Nord 2012

Nous aurons vécu nous non plus
Jetant leurs mots sur le papier comme des bouteilles à la mer, les trois personnages qui composent ce roman épistolaire sont des mal-aimés mal dans leur peau, qui se concentrent sur leurs désirs et leurs douleurs. Chacun monologue dans sa zone de sensibilité aiguë, la tête qui tire à hue et le corps à dia. Témoins volontaires, nous assistons à la lente chute dans le vide d’Ovide-Lyre. Ce dernier s’est exilé dans l’Est de l’Ontario pour y cuver son amour à sens unique pour Honey-Comble, chantre gai des villes de nuit, pendant que sa meilleure amie Vava-Cuitée essaie de le consoler à coup de lettres. Dignes représentants d’une génération désenchantée comme dans les chansons de Mylène Farmer, quelque part entre le soufre et les plaisirs interdits, ces êtres charnels sont dépositaires d’un mal de vivre sans exutoire, si ce n’est celui des bars, de l’alcool, des baises entre partenaires indifférents. Par sa langue forte, folle et sans compromis, Ménard sait rendre à merveille l’univers du vide amoureux en ce début de millénaire nord-américain.

Requiem pour un trompettiste
Dans la pièce de Claude Guilmain publiée par les Éditions L’Interligne, nous sommes à l’été de 1958, dans une petite ville canadienne sans nom, la canicule bat son plein de mercure, le scandale sera bientôt à la une de tous les journaux, le temps presse le pas, il faut trouver un faux coupable, un bouc émissaire… Ça ne vous rappelle rien ces administrations municipales qui essaient de camoufler leurs négligences qui font des vagues, qui font des morts ? Réfléchissez-y bien. Inspiré du scandale de l’eau contaminée de Walkerton, Requiem pour un trompettiste joue la carte du polar, ambiance glauque, langage cru, la sueur colle le mensonge sur la peau des gens les plus honnêtes ; pour s’en sortir vivant on est prêt à toutes les bassesses, à tous les compromis.
C’est le propre des grandes œuvres artistiques de mettre en scène les travers et les quiproquos de notre époque, de susciter la réflexion sur la complexité et les ramifications du mal qui s’insinue partout où l’homme recherche le pouvoir… qu’il soit économique ou politique. Ce texte théâtral est à la hauteur du haut-le-cœur de la population qui n’est plus indifférente et revendique la vérité (même si souvent elle ne sait qu’en faire) de ses dirigeants. L’heure est au déclin de l’empire canadien, actuellement plusieurs des instances municipales au Québec et ailleurs sont aux prises avec des flagrants délits de corruption, le scandale rôde comme un bon auteur qui, comme Guilmain, est précurseur et s’approprie ce propos aussi pertinent que dangereux.

L’homme qui mangeait des livres
Christian et Gérard Callibaud sont les héritiers de la maison d'édition familiale, un véritable empire du livre ! Pourtant Christian, avide de liberté, décide après ses études de faire cavalier seul, rompant du même coup les liens avec son frère. Échouant comme directeur de collection dans la maison d'édition rivale, il y devient représentant commercial, sans grande conviction.
Après quatorze ans de silence entre les deux frères, tout bascule le jour où Gérard est sauvagement assassiné par un mystérieux commando : Christian reprend la tête des Éditions Callibaud et devient le père adoptif de Raphaël, son neveu en fauteuil roulant dont il ignorait jusqu'alors l'existence ! Devenu à son tour la cible des tueurs, Christian voit sur lui et les siens la menace se resserrer comme un étau... Menée par un duo de policiers loufoques et leur chien arthritique, l'enquête prend des allures de course contre la mort...
Comment remettre la maison d'édition sur les rails sans y laisser sa peau ? Avec une galerie de personnages touchants et excentriques, Patrice Robitaille offre un polar insolite et réjouissant, et une plongée dans l'univers de l'édition comme vous ne l'avez jamais vu !
Lauréat - Prix littérature éclairée du Nord 2011

Le Roi lézard
C’est une parole décomposée qui s’exprime dans ce recueil sombre aux vers saccadés. La trentaine de pièces qui le compose évoque des états d’âme immédiats, des constatations cinglantes, des signaux d’alarme, des pulsions de vie et de mort. Tenté par le cynisme, taraudé par la contestation d’une société de faux-fuyants, le poète harangue et nous prend à témoin. Comme une invitation à transcender les apparences, à revenir à la conscience pure d’avant le conditionnement social. « Je suis le Roi lézard / Je peux faire n’importe quoi. » (Jim Morrison)

pendant que l’Autre en moi t’écoute
Écrits entre le Bénin et le Canada, les courts poèmes de ce recueil explorent les thèmes de la rencontre de l’Autre, au gré des voyages et des confrontations aux cultures du monde. Mais, comme une seconde peau, l’Autre est aussi intérieur. Dépaysante, dépaysée, la poésie se fait langue de l’échange, de l’exil, jusqu’à fondre les frontières entre les êtres et en soi-même. Reste le goût de l’ailleurs et l’envie irrépressible de couper le cordon ombilical de l’appartenance. Empreint de paysages photographiques, de musique, pendant que l’Autre en moi t’écoute est une échappée loin des origines, pour expérimenter l’oubli de soi.
Finaliste - Prix de poésie Trillium 2011

Graffitis du nouveau millénaire
Tour à tour en vers libres et en prose poétique, l’écriture de Chantal DesRochers s’aventure sur les sentiers surréalistes pour explorer une vision rêvée du monde : on y croise des animaux fantastiques, des forêts peuplées d’êtres extravagants, des récits amoureux ou visionnaires. Résolument optimistes, les textes de ce recueil s’adressent autant à l’être aimé — sensuel et désiré — qu’à l’humanité dans son ensemble. Le fil d’Ariane, c’est la foi absolue en l’Amour, qui transcende, inspire, ouvre les portes de l’imaginaire pour laisser éclore des fleurs d’espoir.

Les voleurs de couleurs
Il était une fois un village tout gris, dont le ciel s’ornait chaque matin d’un arc-en-ciel flamboyant. Quatre enfants espiègles décident de s’emparer de ses couleurs pour habiller de belles teintes les jardins, les fontaines, les maisons… Mais leur audace n’est pas sans conséquence : les nuages sont fâchés de voir leur arc-en-ciel réduit en lambeaux ! Comment réparer les dégâts sans retourner dans la grisaille ? Aurélie Resch ouvre grand les portes de l’imaginaire, dans cette quête du Graal tout en couleurs !
Finaliste - Prix du livre d'enfant Trillium 2011
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